VALEUR ÉCOLOGIQUE
LA LOCALISATION
Les îles Saint-Joseph, aux Vaches, Saint-Pierre et Saint-Jean forment un archipel de grandes îles proches les unes des autres et qui se suivent d'ouest en est le long de la rivière des Mille Îles.
Les trois premières îles sont dans le territoire de Laval tandis que la dernière, l'île Saint-Jean est dans celui de Terrebonne. Cette dernière île est traversée par l'autoroute 25 et a connu un développement résidentiel important depuis la fin des années 1970.
L'île aux Vaches est la plus grande de ces îles. Sa superficie est de 141,4 hectares (un hectare équivaut environ à la surface de 1,2 terrain de football canadien) et sa longueur de 2,5 km. L'île Saint-Joseph a une superficie de 36,5 hectares et l'île Saint-Pierre de 19,5 hectares. Quant à l'Île Saint-Jean, elle est de 63,2 hectares.
Treize petites îles entourent les îles aux Vaches et Saint-Pierre.
LE CORRIDOR DE LA RIVIÈRE DES MILLE ÎLES
La rivière des Mille Îles coule sur une distance de 40 km et contient environ 110 îles et îlots dont la superficie totale est de 586 hectares. Les trois grandes îles se situent dans la partie est du corridor de la rivière. Ces îles ont une grande valeur pour la conservation de la faune et de la flore et elles possèdent un fort potentiel écotouristique. À elles seules, elles représentent 34% de la superficie de l'ensemble des îles de la rivière. Actuellement, seulement 25,4% de la surface totale de toutes les îles est protégée sous forme de refuges fauniques, réserves écologiques et parcs.
La beauté et la grande biodiversité du corridor de la rivière des Mille Îles reposent sur l'ensemble des écosystèmes aquatiques, riverains et insulaires, lesquels doivent être préservés.
DES MILIEUX NATURELS À PROTEGER
Une grande partie de la surface des îles consiste en champs abandonnés, témoins de la vocation agricole passée des îles. Ces lieux fertiles se composent d'argile marine déposée dans la mer de Champlain il y a environ 12 500 ans. Les îles présentent un relief plat ou légèrement ondulé, un talus les borde.
UNE FLORE DIVERSIFIÉE
Fleurs des champs et arbustes abondent dans ce paysage. Une végétation diversifiée et luxuriante occupe la zone humide située à l'extrémité est de l'île Saint-Joseph. Un marais occupe le centre de cette zone dont la marge riveraine est occupée par des érables argentés matures.
Une forêt de 12 hectares occupe la partie centre-sud de l'île aux Vaches et se divise en deux secteurs. Il y a d'abord une érablière à érable noir qualifiée d'écosystème forestier exceptionnel car il représente la plus grande population d'érable noir (une espèce en péril) au Québec. Ensuite, il y a une érablière à érable à sucre, à caryer cordiforme et à érable noir. Deux érablières à érable argenté et une frênaie se retrouvent aussi sur cette île. Dans le cas d'un développement domiciliaire sur l'île aux Vaches, l'érablière à érable noir ne pourra se maintenir à long terme, son intégrité sera altérée en l'absence d'une zone tampon importante entre celle-ci et les maisons et à la suite du piétinement constant des humains.
Une des plus grandes populations de lézardelle penchée, une plante herbacée en péril, offre un tableau de verdure spectaculaire (zone de 200 mètres de longueur par 30 mètres de largeur). La végétation des îles offre de beaux paysages qu'il faut protéger.
UNE FAUNE ABONDANTE
Les oiseaux se plaisent dans cet oasis fluvial où on trouve des eaux calmes avec herbiers aquatiques et des eaux vives. Environ 235 espèces d'oiseaux ont été observées sur la rivière. Autour des îles on trouve des échassiers dont le grand héron, le héron vert, le butor et le bihoreau. Parmi les nombreuses espèces de canards qui côtoient les lieux, notons les canards pilets, les sarcelles, les branchus, les morillons à collier, les garrots, les grands becs scies, et bien d'autres. On y voit aussi des oies blanches et une grande quantité d'outardes. Parmi les oiseaux de proies, on y observe le faucon pèlerin, le hibou des marais (deux espèces en péril), l'aigle à tête blanche, l'épervier de Cooper, la buse à épaulette, le grand duc, etc. L'archipel accueille également des parulines, des bruants et des hirondelles, etc. Les îles et l'eau de la rivière sont une halte importante pour les oiseaux migrateurs.
Plus de 65 espèces de poissons fréquentent la rivière. Plusieurs frayères sont présentes autour des îles.
Les îles servent aussi d'habitats à plusieurs espèces de mammifères, dont le rat musqué, le castor, le cerf de Virginie, le renard roux, le vison, le raton laveur, et la loutre (peu abondante, il faut protéger son habitat).
Les îles et les eaux qui les entourent offrent des habitats propices aux reptiles et aux amphibiens. Trois espèces de tortues, la tortue géographique (espèce en péril), la tortue peinte et la tortue serpentine fréquentent ces lieux. L'île Saint-Joseph est un habitat important pour la tortue géographique puisque cette espèce pond ses ufs sur l'île, trouve dans le marais nourriture et abri et passe l'hiver dans les eaux qui baignent l'île. La construction de maisons sur l'île Saint-Joseph et le passage trop fréquent d'embarcations pourraient faire disparaitre cette espèce du secteur. La couleuvre brune (espèce en péril) et la couleuvre rayée sont présentes sur l'île Saint-Joseph. Enfin, plusieurs espèces de grenouilles et des rainettes trouvent des habitats propices dans ces îles.
Les grandes îles et leurs alentours sont des lieux tranquilles pour la perpétuation des espèces. C'est le calme de ces îles qui permet d'entendre véritablement le chant des oiseaux.
LA NÉCESSITÉ DE LA PROTECTION DES TROIS GRANDES ÎLES
Il est peut être unique au monde d'avoir dans un milieu très urbanisé une multitude d'îles pour la plupart encore intactes. Il faut être conscient de cette réalité et de ce privilège.
La barrière urbaine créée par un développement domiciliaire sur les trois grandes îles porterait une grave blessure à l'unité écologique du corridor de la rivière des Mille Îles. Cela aurait pour effet de morceler et de détruire des habitats indispensables à la faune et la flore, de même que de déprécier de façon importante la beauté des paysages, portant du même coup une atteinte à la valeur écologique et au potentiel écotouristique de la rivière des Mille Îles. Ces îles, en plus de constituer des habitats de grande dimension, une caractéristique rare en milieu urbain, abritent plusieurs espèces en péril que les lois fédérales et provinciales obligent à protéger.
UN GRAND PARC NATUREL À CRÉER
Les trois grandes îles ont un immense potentiel pour constituer un nouveau grand parc naturel afin de satisfaire les besoins croissants éprouvés par la population de fréquenter de grands milieux naturels de qualité au cur même de la zone urbaine.
Au cours des ans, ce parc pourrait s'embellir et s'enrichir grâce à des actions permettant l'amélioration des paysages et des écosystèmes. Pensons ici à la plantation d'arbres et d'arbustes afin d'augmenter la qualité des paysages tout en créant de nouveaux habitats pour la faune. Pensons aussi à la renaturalisation de certaines rives dégradées par l'activité humaine ou l'érosion. Éco-Nature, l'organisme gestionnaire du Parc de la Rivière-des-Milles Îles, se préoccupe dans le cadre du Programme d'intendance de l'habitat des espèces en péril (un programme fédéral), de protéger l'habitat des tortues géographiques qui ont leur site de ponte sur l'île Saint-Joseph. Le projet de Canards Illimités Canada, en 1987, d'aménager le marais de l'île Saint-Joseph par l'installation de digues aurait permis d'augmenter de façon sensible la reproduction des canards. L'intérêt de la réalisation de ce projet est d'autant plus grand qu'il existe très peu de zones humides permanentes dans la région immédiate. Enfin, citons le réaménagement de frayères pour les espèces de poissons de grande valeur (exemple : alose). Toutes ces actions et bien d'autres auraient le même but, assurer la pérennité des écosystèmes au bénéfice des générations actuelles et futures.